Arnaud, nous te remercions de répondre aux questions de VETIDEO
Peux-tu nous parler de ton parcours professionnel et de tes motivations ?
Je me suis installé en Charente Maritime dans un petit village en clientèle mixte après avoir exercé en tant qu’ALD en canine à Paris. La raison de mon installation dans cette région était essentiellement liée à ma volonté de me rapprocher de la mer pour pratiquer la voile.
La pratique mixte est un hasard, puisque je n’y connaissais rien et que j’ai accepté le premier remplacement dans ce département avec l’idée de me rapprocher de la Rochelle dés que l’occasion se présenterait! En fait, l’activité rurale, après une phase d’adaptation finalement assez rapide , m’a bien plue et 17 ans plus tard, je ne regrette pas ce choix.
Les gardes sont parfois un peu contraignantes, mais le plaisir de travailler en extérieur et le contact avec les éleveurs est plutôt équilibrant. Actuellement, je suis associé en Selarl avec mon épouse qui ne travaille qu’en canine.

Tu exerces dans une commune de 2000 habitants depuis plus de 15 ans, comment juges-tu l’évolution de ton activité ?
Nous savons depuis le départ que l’activité rurale allait se tasser, mais nous ne l’avons jamais abandonnée, ce qui nous permet de réaliser un chiffre d’affaire honorable grâce à la vente de médicaments.
Nous avons en parallèle développé la canine, et dans se domaine, nous sommes partis de très loin!
En effet, les clients d’il y a une 15aine d’années étaient ruraux et considéraient presque leur animal de compagnie comme un animal de rente! Ils engageaient peu de soins, limitaient au maximum les dépenses et la structure était calée sur ce niveau de pratique.
Nous avions un bon réservoir de clientèle qui nous échappait car nous n’avions pas une image suffisamment technique. L’idée a été de se former et d’investir dans une structure moderne et technique, afin de revoir notre image et d’offrir une gamme de service correspondant à un éventail plus large de clients. Actuellement, les clients n’ont plus aucune raison d’aller chercher de la technicité en ville, ils ont tout ici.

Quels sont les freins au développement de ton activité ?
En canine, c’est juste la démographie. Notre structure est prévue pour accueillir 30% de clients en plus! Le risque est de voir un kamikaze s’installer dans une petite commune voisine avec l’objectif de soigner quelques chiens par jour. Ce risque est limité mais pas nul, car on voit de plus en plus de consoeurs s’installer avec des objectifs économiques très modestes, considérant leur activité comme une activité complémentaire, un deuxième salaire pour le ménage en quelque sorte!
Dans ce cas tout le monde est perdant. En rurale, les actes diminuent parce que les éleveurs sont de plus en plus techniques et aussi parce que les troupeaux sont de moins en moins nombreux. Là aussi, il faut être plus technique, proposer de nouveaux services, garder le lien et se battre pour garder la vente du médicament.

Quel regard portes-tu sur l’avenir de la profession, notamment au regard de la Directive Services ?
Je pense que le vétérinaire libéral, seul contre tous dans son coin est un modèle en voie de disparition. Ce modèle fonctionnait il y a 40 ans car l’investissement dans les structures était très raisonnable, et le rendement particulièrement rentable du fait des tarifs élevés et des faible charges que les structures supportaient.
Actuellement, pour pratiquer une bonne médecine et être crédible, il faut investir lourdement, les tarifs sont peu réévalués et les charges ont explosé; résultat, les rémunérations sont de plus en plus basses. Les curseurs pour revaloriser la profession sont donc du côté de l’économie d’échelle et de l’augmentation des tarifs.
On devrait donc voir les structures se regrouper, quant aux tarifs, la seule façon de les faire évoluer c’est de faire entrer les assurances dans le système. C’est peut être l’effet Directive Service squi servira le plus notre profession. Nous perdrons un peu de notre âme, mais l’apport de sang neuf dans notre profession la remettra sur les rails.

Tu as choisi de t’engager dans l’action syndicale puisque tu es président du SNVEL dans ton département, quelles ont été tes motivations ?
Le syndicat est la seule organisation qui défend la profession, et pour le coup, celle-là en a bien besoin.
Le métier de vétérinaire consiste à créer le lien entre un grand nombre d’activités et celle-la sont souvent revendiquées par les pharmaciens, les éleveurs, les « échographieurs », les dentistes ou les éducateurs canins. La défense de ces actes est un combat de tous les jours. Il faut s’impliquer et ne pas compter sur son voisin pour faire le boulot.
Cela demande une vrai implication et une somme de travail non négligeable,un vrai sens du bénévolat, mais c’est pour l’intérêt général et je me sens concerné, c’est la raison pour laquelle je m’implique.

Quelles sont les difficultés rencontrées, les satisfactions éprouvées dans l’action syndicale ?
Les confrères ont du mal à s’impliquer et s’intéressent rarement à l’action syndicale. Il est quasi-impossible d’organiser des réunions d’information fédératrices. J’avoue que j’ai un peu laissé de côté le prosélytisme pour me concentrer sur l’action. Un de mes meilleurs souvenirs a été d’accueillir les Rencontres Nationales Vétérinaires à La Rochelle.

Quels conseils donnerais-tu à un étudiant vétérinaire ?
Je sens une vrai évolution des motivations des jeunes confrères.
Dernièrement, je proposais deux postes dont un en CDI. La plupart des jeunes que j’ai rencontrés semblaient intéressés par des petits remplacements peu engageants sur le long terme, car ils désiraient garder du temps pour continuer à étudier ou se spécialiser, reculant ainsi leur réelle entrée dans le monde du travail.
Je ne suis pas persuadé que ce soit un bon calcul. Cette démarche est intéressante intellectuellement et techniquement, mais elle ne colle pas forcément au marché.
Personnellement, je préfère embaucher une personne motivée désireuse de bien s’intégrer en clientèle plutôt qu’un spécialiste spécialisé qui n’aura pas forcément travaillé aussi bien son relationnel. Il ne faut pas oublier que la moitié du succès dans notre métier tient au contact que nous pouvons avoir avec les clients. Je souhaite de tout coeur voir la profession progresser techniquement, mais il ne faut pas oublier que la rentabilité d’une structure se fait sur des actes simples, pas particulièrement élaborés d’un point de vue scientifique.
Bien souvent, trois années de remplacement dans une clinique valent largement au quotidien un internat dans un hôpital en ville! Il ne faut pas hésiter d’autre part à chercher des places dans des communes rurales, il y a moins de concurrence, on s’y loge facilement et on y trouve souvent de quoi vivre avec un bon pouvoir d’achat.













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