Bonjour, KATIA, tu exerces uniquement à PARIS en ophtalmologie, nous te remercions de répondre aux questions de VETIDEO.

Peux-tu nous raconter ton parcours et tes motivations quand tu as créé un service d’ophtalmologie exclusif en 2001 ?
Diplomée d’Alfort en 1994, j’ai poursuivi ma formation tout d’abord comme interne au service de médecine, puis comme résidente au service d’ophtalmologie de l’ENVA, en validant le DU d’ophtalmologie. À cette époque je voulais compléter mon cursus général et j’envisageais de partager mon activité d’ophtalmologie avec une activité généraliste. J’ai travaillé en région parisienne chez Franck Venier / Villepinte en développant peu à peu mon activité d’ophtalmologie.
Très vite, il m’est apparu difficile de progresser en ophtalmologie si je conservais l’activité générale. J’ai alors démarré mon DU de micro-chirurgie 2 demi-journées par semaine, à l’École de Chirurgie des Hopitaux de Paris (Fer à Moulin), avec des médecins de spécialités diverses (ophtalmo. mais aussi plasticiens, orthopédistes, neurologues) ainsi qu’un travail expérimental pour mon mémoire avec le service d’ophtalmologie de l’Hotel-Dieu. J’ai en même temps passé le CES de Toulouse, surtout pour avoir une formation théorique complémentaire. Parallèlement, j’ai eu l’opportunité de travailler chez Jean-Pierre Jegou en ophtalmologie exclusive, et de pratiquer dans une structure entièrement consacrée à la spécialité pendant que lui-même complétait sa formation. Ce dernier poste m’a apporté beaucoup de satisfaction, mais le développement pour deux praticiens n’était pas envisageable.
J’ai encore complété ma formation pas des EPU avec des médecins, mais aussi en ayant eu la chance qu’une équipe de l’Hotel-Dieu en partenariat avec le CERA me confie des essais expérimentaux sur des implants intra-oculaires, pour des chirurgies de cataracte ; ce qui m’a permis d’effectuer plus de 200 interventions, dans un cadre très rigoureux, pour valider la tolérance d’implants (cristallins artificiels) destinés aux humains.
Rapidement j’ai alors souhaité mettre en place un service d’ophtalmologie le plus complet possible, avec un un équipement de qualité et une certaine disponibilité.
À l’époque seul Jegou exercait en spécialité pure, les autres ophtalmos exercaient en complément une activité générale (souvent par souci de rentabilité) ou étaient itinérants.
L’activité itinérante ne me paraissait pas (et n’est toujours pas) adaptée à l’ophtalmologie, surtout pour les suivis post-opératoires.
On m’avait mise en garde des difficultés financières pour exercer uniquement en spécialité.
Un investissement raisonnné s’est présenté de la manière suivante : mon mari Jean-Charles Attali et son associé Yves Lahiani avaient emménagé depuis peu dans un nouveau local, dont à l’époque ils n’occupaient pas tout l’espace. Ils m’ont proposé de monter mon service d’ophtalmologie au sein de leur clinique, donc de bénéficier en particulier du service de garde 24h sur 24, et du secrétariat, tout en gardant une indépendance, car j’exerçais en mon nom sans être dans leur association, en ayant recruté une ASV spécifiquement pour l’ophtalmologie et avec une ligne téléphonique distincte.
C’est ainsi qu’en 2001 j’ai crée le service d’ophtalmologie à la clinique Wagranville, Paris 17eme.
Quelle est l’essentiel de ton activité ?
Mon activité d’Ophtalmologie est très diversifiée au sein de la clinique, entre les consultations, la micro-chirurgie paupière/ cornée / chirurgie intra-oculaire/ laser, l’echographie, l’electro-rétinographie et les suivis des animaux hospitalisés.
Si l’on compare avec les médecins ophtalmologistes, eux sont spécialisés uniquement en chirurgie du segment antérieur, segment postérieur, échographie-biométrie ….
Ponctuellement j’interviens soit pour des laboratoires soit pour de l’enseignement.
Plus un peu de temps pour trier les photos, les compte-rendus et discuter avec les confrères et les laboratoires d’analyses.

Quels sont les freins au développement de ton activité, quelles actions entreprends-tu pour développer l’Ophtalmologie Vétérinaire ?
Il y a d’une part des freins « en interne », constitués par 2 facteurs :
1/ la durée des actes et des soins, en particulier temps long de préparation pré-opératoire et soins importants en post-opératoires, qui nécessite de déléguer à 1 ou plusieurs ASV formées à ces techniques,
2/ coût des équipements. Les médécins sont plusieurs au sein d’un hopital ou clinique à rentabiliser un appareil et avec un nombre très important d’interventions comparativement à nous. Par exemple pour le Laser, je me suis équipée directement aux Etats-Unis. Mais cette fréquence de laser ne sert que pour le traitement du glaucome et le traitement de certains mélanomes. Il faut d’autres types de laser pour le décollement rétinien, avec actuellement un cout astronomique pour 1 seul praticien, sans être sur du résultat, le temps de maitriser une nouvelle technique.
D’autre part, il exisite des freins « externes », en particulier le fait que certains confrères n’intègrent pas dans leur pratique le fait de référer à un spécialiste.
J’ai un réseau d’une centaine de correspondants qui me réfèrent régulièrement, avec pour certains plusieurs cas par semaine. Si c’était le cas de tous , il n’y aurait pas assez d’ophtalmos !
J’ai un tempérament discret et perfectionniste que l’on retrouve dans mon travail, plus qu’une démarche « marketing ». Le développement se fait donc lentement du bouche à oreilles entres confrères et clients, mais la confiance accordée ainsi est un réel partenariat.
As-tu l’impression de participer à l’amélioration de la médicalisation de nos animaux ? à la formation des confrères qui te réfèrent ?
Oui, je pense vraiment participer à la médicalisation de nos animaux. Les clients sont familiarisés avec de nombreux examens et actes chirurgicaux pour eux-mêmes, et sont demandeurs de l’équivalent pour leur animal. Les résultats des traitements de l’œil sont directement visibles pour les propriétaires, ce qui contribue à faire connaître notre travail, en amont auprès du vétérinaire référent, mais aussi aux relations des clients, à leur tour demandeurs.
Oui, j’essaie de participer à la formation des confrères qui me réfèrent.
Au travers des compte-rendus de soins et au fil des conversations avec les confrères, j’essaie de les éclairer non seulement sur le cas qu’ils adressent, mais également de leur apporter une information médicale, de préciser la démarche diagnostique pour telle ou telle affection. De plus, je m’efforce d’être disponible par téléphone, pour des conseils sur un cas, ou sur un équipement ou l’utilisation d’un appareil. J’accueille également des stagiaires du DU ou du CES d’ophtalmologie, et parfois des praticiens juste pour une 1/2 journée pour assister à un acte qui les interesse.
Par ailleurs, ma dernière plaquette avait un but pédagogique par les fiches techniques, de sorte à guider les praticiens dans le choix d’un examen complémentaire.
Tu as inauguré fin Janvier une nouvelle structure dédiée à l’ophtalmologie, à quels objectifs répondent ces nouveaux investissements ?
Je me suis développée progressivement depuis 2001, grâce à la confiance d’un réseau de correspondants. Tout d’abord, je n’avais plus assez d’espace de travail dans la clinique Wagranville. En particulier notre chenil commun était constamment plein et m’obligeait parfois à différer certains actes. L’opportunité d’un grand local s’est présentée juste en face. Après d’importants travaux, cela me permet de disposer d’une salle d’attente distincte, réservée à la spécialité (dépourvue de présentoirs de vente), d’une salle de consultation, d’une pièce pour la stérilisation, d’un bloc opératoire et d’un chenil d’hospitalisation réservés à l’ophtalmologie.
Ce local est relativement grand, et d’autres pièces ont été aménagées, 2 autres blocs opératoires, une salle de préparation attenante, une 2ème salle de consultation, un deuxième chenil et un bureau-bibliothèque ; en vue d’accueillir dans le futur d’autres spécialistes et/ ou d’évoluer en Centre Hospitalier Vétérinaire.
Enfin, la proximité avec la clinique Wagranville me permet de bénéficier d’un service de garde et d’une surveillance des animaux hospitalisés 24h/24.

L’ophtalmologie apparait comme une spécialité « ancienne », peux-tu nous parler de nouveautés médicales ou chirurgicales ?
En réalité la spécialité n’est pas ancienne, car pendant de nombreuses années l’exercice par des praticiens autodidactes le plus souvent, partagé avec leur activité générale, était simplement les prémices de la spécialité.
La standardisation et amélioration des appareils de phaco-émulsification et des matériaux d’implants intra-oculaires sont une véritable avancée, même si cela a débuté il y a 15 ans.
Le laser pour le traitement du glaucome et de certains mélanomes a juste 6 ans. D’autres champs d’applications pourraient voir le jour.
Ce qui est nouveau, c’est aussi d’avoir de grandes séries de telle ou telle chirurgie et donc de mieux choisir la technique adéquate.
Aussi les efforts des laboratoires pharmaceutiques pour formuler des collyres depourvus de conservateur, et donc moins deletères pour la cornée, améliore le comfort des prescriptions et minimise les effets secondaires toxiques des conservateurs. Dommage que les laboratoires vétérinaires ne suivent pas dans cette direction !
Quel regard portes-tu sur l’évolution de la profession ces 15 dernières années ?
Notre profession a évolué vers une demande précise de la clientèle, avec plus d’exigence dans la qualité des soins. L’ophtalmologie tout comme d’autres spécialités s’intègre dans cette démarche.
Ce serait une erreur de ne pas vouloir en tenir compte. C’est de l’intérêt commun des vétérinaires généralistes et spécialistes d’évoluer ensemble pour offrir la qualité de soins exigée par leur clientèle.
Comment vois-tu l’avenir des structures vétérinaires ?comment juges-tu les possibilités apportées par la Directive Services ?
À cette date, on n’a pas connaissance de l’application de cette directive. Actuellement cela semble plus concerner les structures généralistes que les spécialistes, même si persiste un flou sur le droit à la communication et publicité.
On nous dit depuis 15 ans ou plus que les petites structures sont vouées à la disparition, or on constate que coexistent des structures de taille varibale. C’est en étant solidaire et confraternel qu’ensemble nous évoluerons et donnerons une belle image de notre profession.
Que conseillerais-tu à un étudiant vétérinaire ?
Je conseillerais à un étudiant vétérinaire de faire de nombreux stages dans des domaines variés pour mieux cerner ce qui le passionne, mais aussi les contraintes inhérentes à chaque activité.
Si une spécialité l’intéresse, il me parait fondamental d’avoir une base solide générale de médecine et de chirurgie, tant pour la compréhension des cas, que pour le partenariat avec les confrères référents.
Enfin, faire la différence entre une activité généraliste avec des domaines de prédilection et l’exercice en spécialité exclusive.












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