Olivier KERAVEL à l’origine du Premier Centre d’Imagerie Vétérinaire hors des Ecoles Vétérinaires

Olivier, nous te remercions de répondre aux questions de VETIDEO
Peux-tu nous raconter ton parcours et tes motivations quand tu as créé un des premiers Centre d’Imagerie à BOULOGNE ?
Je suis sorti d’Alfort en 1991, j’ai vite soutenu ma thèse et je suis parti aux Etats Unis à Colombus faire un internat de médecine et de chirurgie.
J’étais parti plusieurs fois pendant mes vacances en tant qu’étudiant véto, à Colombus car je voulais travailler en cancérologie avec Guillermo Couto qui était un des pionniers de la cancérologie clinique par sa triple casquette (anapath véto en Argentine, board de médecine interne et board de cancéro à Davis) et j’avais réussi à sympathiser avec lui et son équipe ce qui m’a permis d’obtenir un poste d’interne.
A la fin de mon internat à Colombus, je suis resté en tant qu’assistant en cancéro mais, au bout de deux années, j’ai préféré rentrer en France sans terminer mon résidanat.
De retour en France, j’ai travaillé en clientèle pendant environ 1 an et demi (Chez Klein à Paris et Pontus à Livry Gargan), puis j’ai décidé de monter ma clinique à Etampes en 1996.
Le projet du Centre d’imagerie que j’ai créé à Boulogne en 2000 est venu de ma rencontre avec un médecin radiologue avec qui j’ai pas mal bossé (j’avais déjà une expérience d’irm et de scan via Colombus) : petit à petit l’idée du centre d’imagerie s’est imposée car cela n’existait tout simplement pas à l’époque dans le privé hors les universités (y compris aux US où les scans se trouvaient avant tout dans des structures référées chirurgicales et/ou cancéro, comme c’était le cas à Alfort). De plus, les structures vétérinaires évoluaient dans le bon sens en France vers plus de technicité, le scan d’Alfort était alors très limité techniquement et sa position de monopole ne me paraissait pas inéluctable. Par ailleurs, en observant la situation des autres pays européens nous étions clairement sous-équipés en France. Enfin, l’absence d’imagerie de qualité pour la réalisation des bilans d’extension était à l’époque incroyable. Je pensais donc que l’offre d’imagerie en France était très inférieure à la demande.
J’ai un peu hésité entre scan et IRM mais, encore aujourd’hui, je pense que le scan reste l’outil le plus polyvalent pour nous vétos car l’IRM est beaucoup plus chère et lourde techniquement ; à moins de prendre des petites IRM de bas champ qui ne permettent pas d’explorer correctement les grands chiens et l’abdo ou le thorax en général. La mode actuelle de ces IRM me laisse d’ailleurs perplexe en tant qu’imageur tant les nouveaux scans sont performants !
J’ai donc acheté à l’époque un scan neuf qui venait de sortir sur le marché en humaine et nous avons démarré avec Sandrine Canivet. Mon profil était plutôt médecine et cancéro et j’ai contacté Sandrine qui avait un profil « chir » beaucoup plus marqué que moi, je trouvais que cette complémentarité était intéressante. Il faut préciser qu’à l’époque les boards d’imagerie européens étaient plus que balbutiants et il était impossible de se former au sein d’une structure vétérinaire.

Quelle est l’essentiel de ton activité ?
Je partage mon temps entre ma clinique et mon centre d’imagerie ce qui m’occupe pas mal mais, même si je ne pourrai pas le faire éternellement, j’essaye de garder cette double casquette (clientèle générale et référé en scan) car d’abord j’aime la clientèle et le fait de garder un pied en clientèle me permet de mieux appréhender les besoins des confrères au quotidien : c’est peut être, d’ailleurs, une des raisons principales de notre réussite.
Au centre de Boulogne nous ne faisons plus que du scan, je pense que nous redémarrerons l’échographie bientôt mais seulement lorsque nous pourrons offrir, comme avec le scan, une réelle disponibilité 6 jours sur 7 ce qui n’était pas le cas au début (c’est pourquoi j’avais préféré arrêter).
Quels sont les freins au développement de ton activité, quelles actions entreprends-tu pour développer l’Imagerie Médicale Vétérinaire ?
Le frein au développement de l’imagerie ‘lourde’ scan ou IRM est d’abord le prix d’un équipement de qualité mais dans les années à venir ce sera de moins en moins le cas. Ensuite et surtout il faut acquérir les compétences, ce qui prend du temps. C’est certainement plus facile aujourd’hui car il existe des formations Européennes ou Américaines de super qualité.
L’autre frein est la situation de quasi monopole de l’AFVAC en ce qui concerne la communication scientifique qui rend difficile le débat sur les indications, les techniques, et enfin le manque de temps lorsqu’on est en libéral comme moi sur deux structures avec une vie de famille pour trouver du temps pour écrire des articles et assister aux différents congrès, heureusement qu’il y a internet…
J’organise néanmoins depuis 10 ans une soirée de formation annuelle qui remporte pas mal de succès : je choisis un thème en tentant de faire appel à des confrères en fonction de leur compétence et indépendamment des querelles de chapelles de la profession. Notre indépendance nous donne d’ailleurs une certaine liberté pour cela, même s’il est difficile en France de communiquer hors de l’AFVAC pour être honnête…
En ce qui nous concerne nous allons certainement changer encore de matériel pour coller aux dernières évolutions technologiques scan et tenter peut-être d’étendre l’offre en imagerie (échographie, endoscopie…voire une IRM si cela s’avère possible et raisonnable financièrement) en accueillant d’autres confrères, voire d’autres spécialités (cardiologie, cancérologie…).

As-tu l’impression de participer à l’amélioration de la médicalisation de nos animaux ? À la formation des confrères qui te réfèrent ?
Sandrine et moi espérons avoir contribué à l’amélioration des diagnostics donc indirectement à une meilleure prise en charge des pathologies lourdes, des bilans d’extension en cancéro et donc d’une gestion plus poussée et professionnelle qu’auparavant de la médecine des carnivores domestiques. Nous avons en fait offert la possibilité à nos confrères d’aller plus loin, c’est tout. En réalité nous avons fait partie d’un mouvement plus général dont nous n’avons été qu’un rouage parmi d’autres (progrès en chirurgie, médecine, imagerie, activité itinérante chirurgicale…). Et puis, Devauchelle et Delisle à Alfort travaillaient dans cet esprit depuis déjà quelques années.
En ce qui concerne nos confrères, il est clair qu’on ne peut pas faire un copier-coller des centres d’imagerie en médecine humaine. Nous devons pouvoir conseiller les confrères quant à la marche à suivre que ce soit au niveau diagnostic ou thérapeutique. En ce qui concerne la neurologie, il faut absolument pouvoir faire un examen correct pour préciser les zones d’exploration. La communication avec les confrères en amont et en aval de la réalisation du scan est fondamentale afin d’optimiser la communication avec le propriétaire. Cet aspect du travail est passionnant, aucun intérêt de faire juste le scan, d’envoyer un compte rendu et basta, c’est pourquoi nous essayons d’appeler systématiquement les confrères avant le retour de leur client après réalisation du scan. Cet échange systématique est un enrichissement réciproque.
Que penses-tu de l’augmentation du nombre de structures qui s’équipent en scanners ?
Nous avons clairement ouvert la boîte de pandore de l’imagerie, c’est un phénomène dont j’étais intimement convaincu. La concurrence est toujours stimulante et salutaire. Elle continuera inéluctablement jusqu’à une certaine saturation du marché avec un équilibre entre l’offre et la demande.
Ce qui me laisse toutefois perplexe est la tendance à ce que j’appelle ‘l’équipement d’imagerie marketing’. Gérer un scan et/ou une IRM ne s’improvise pas et le rentabiliser est difficile même si la demande progresse. Comme toute activité il faut se former et y passer du temps, bref il faut se spécialiser. L’interprétation à distance par des imageurs qui se développe pour palier à un défaut de compétence est aussi problématique car on ne peut pallier à un mauvais protocole d’imagerie ou à une mauvaise indication ou à une zone d’exploration inadaptée par une ‘interprétation’ d’un ’spécialiste’. Par contre, on peut réaliser des partenariats, c’est-à-dire former le confrère qui veut ouvrir son scan, aller sur place pour établir les protocoles, y retourner régulièrement et communiquer quasiment en direct en cas de problème. Cela demande une disponibilité importante et une relation de confiance mutuelle. Nous sommes en train de tenter cette expérience à l’heure actuelle et c’est assez satisfaisant.
Par ailleurs, l’apparition de jeunes imageurs diplômés est une excellente nouvelle et un facteur d’accélération du progrès, ce qui est particulièrement le cas en imagerie actuellement. Le seul écueil de l’hyperspécialisation qu’on observe aussi en médecine Humaine est la perte d’un certain bon sens clinique qui ne s’acquiert que par le terrain et l’expérience. Or, l’imagerie vétérinaire n’est pas l’imagerie humaine, il faut une solide base en médecine interne et éviter à tout prix de faire de l’imagerie sans une formation de médecine au préalable.

Quel regard portes-tu sur l’évolution de la profession ces 15 dernières années ?
En ce qui concerne la médecine et la chirurgie des carnivores domestiques que je pratique: très positive en ce qui concerne l’outil de travail et la qualité du service offert à nos clients et à nos patients en général ; très négative en ce qui concerne nos revenus par rapport à l’investissement en temps et en équipement ! Notre profession s’est très mal défendue et n’a pas réfléchi à temps sur les évolutions que tout un chacun pouvait observer au quotidien. L’exemple type est l’assurance pour animaux de compagnie, qui a été sciemment freinée par l’ordre il y a 20 ans (peur fantasmée du contrôle des prix qui ne s’est jamais produite ailleurs), ordre qui redécouvre tout l’intérêt des assurances pour les praticiens depuis quelques mois ! C’est pourquoi le débat actuel sur l’apport de la directive services arrive un peu tard… Mais, mieux vaut tard que jamais et les jeunes nous poussent à faire attention, à facturer notre temps de travail. C’est absolument nécessaire car faire de la bonne médecine demande du personnel et du temps et donc des revenus !
Comment vois-tu l’avenir des structures vétérinaires ? Comment juges-tu les possibilités apportées par la Directive Services ?
Plutôt positivement, les jeunes confrères veulent travailler en équipe dans de belles structures équipées, internet est un outil de convivialité et de formation particulièrement efficient pour les professions médicales. La médicalisation ne fera que progresser, les réseaux de soin (plusieurs cabinets ou cliniques autour d’un ou plusieurs centres référés) également. L’augmentation de la demande de salariat va dans ce sens, nos jeunes confrères veulent d’abord acquérir de l’expérience avant de se jeter à corps perdu dans l’activité libérale et qui pourrait les en blâmer vu notre quotidien à tous ! Les jeunes veulent pouvoir se concentrer sur leur métier de base et ne pas forcément s’occuper de la gestion et du marketing. Nous avons fait collectivement l’erreur de ne plus valoriser nos actes médicaux et chirurgicaux et sommes devenus trop dépendants des laboratoires et des fabricants de petfood.
Je reste plus circonspect sur la formation continue car il faut du temps et des revenus pour se former et les formations offertes sont excessivement chères en France si on compare le simple prix des congrès avec l’étranger. Il faut encadrer, mais la mode de la contrainte réglementaire pour se couvrir légalement (car c’est ce vers quoi on tend) n’est pas la solution. Je ne pense pas que nos confrères plus âgés étaient de moins bons cliniciens, l’expérience pratique en médecine et chirurgie reste et restera la base d’un bon véto si la formation de base théorique est bonne (ce qui est le cas en France) et si les conditions de travail permettent de dégager un peu de temps pour lire et se former, ce que fait spontanément n’importe quel véto normalement constitué !
Cette directive services aura été l’occasion d’ouvrir le débat et quoi qu’il en soit la France ne va pas se couvrir du jour au lendemain de chaînes low cost, ce n’est pas le cas en Angleterre ou aux Etats-Unis encore à l’heure actuelle ! Il va être difficile de demander à ne pas relever de cette directive au nom d’une certaine idée noble de la médecine, que je comprends tout à fait, et à laquelle j’adhère. Dans ce cas, en effet, les pharmaciens pourraient nous prendre au mot et nous demander, en toute logique, d’arrêter de vendre croquettes et médicaments ; ce qui reviendrait à mettre sur la paille bon nombre de nos structures. Autant s’adapter et créer des réseaux de soins de qualité, quitte à accepter des investisseurs non vétos qui apporteront leur compétence en gestion et communication. Je sens bien à travers les discussions que nous redécouvrons une idée toute simple ‘l’union fait la force’. L’intensité des débats et des questions met quand même en évidence une certaine frustration, et à moins de considérer qu’il ne faut rien changer, je ne vois pas comment aujourd’hui faire évoluer les choses sans tenter de profiter de cette ‘directive services’ au mieux de nos intérêts. Le risque reste notre tendance à l’individualisme quel que soit la nouvelle organisation !
Que conseillerais-tu à un étudiant vétérinaire ?
De profiter au maximum de son temps libre à savoir les vacances, pour faire des stages. C’est la meilleure façon de sentir ce qu’il est important d’apprendre et de retenir en théorie et petit à petit de savoir vers quelle type d’activité il se destine (recherche, canine, équine, rurale…). Et surtout, de toujours se remettre en cause, de conserver le doute, d’éviter les certitudes pour conserver sa curiosité. Enfin de ne jamais perdre de vue l’importance de la médecine générale avant de se lancer à corps perdu dans la spécialisation. De ne pas oublier l’aspect relation humaine de notre profession, il faut aimer les animaux et leurs propriétaires ! Enfin, s’ils trouvent au cours de leurs stages un véto d’expérience en qui ils ont confiance de ne pas hésiter à passer beaucoup de temps en sa compagnie, il faut préserver au maximum cette notion de ‘référent’, nous avons tous en mémoire un véto qui nous a donné envie de bosser et qui nous sert de repère.












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