tamiflu

Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé reconnaît l’épidémie de grippe mexicaine A(H1N1), et demeure incertaine quant à son évolution, elle n’a, à aucun moment émis de souhait quant à la production de versions génériques du Tamiflu, célèbre anti-viral.

Le laboratoire pharmaceutique indien, Cipla, affirme pouvoir produire 1,5 millions de boîtes d’oseltamavir, avant la fin du mois de juin.

Il en coûterait de l’ordre de 12 $ par boite, soit environ un cinquième de ce que Roche exige pour le Tamiflu
L’agence Associated Press rapporte que l’OMS dispose d’environ 5 millions de boîtes de Tamiflu, donnée par Roche. La semaine dernière, elle a entamé la distribution de 2,5 millions de boîtes aux pays du Tiers-Monde.

Mais ce stock est rendu ridicule par les estimations de diffusion du virus, qui touche, pour l’instant 6500 personnes dans le monde, et qui a connu son premier cas en Chine. L’OMS évoque l’imminence d’une pandémie. Cette évaluation reposant d’ailleurs sur une publication dans la revue Science, qui énonce la similitude entre la répartition de la grippe mexicaine actuelle et les pandémies grippales de 1918, 1957 et 1968.

Bien que la pathogénicité du virus demeure moyenne, la contribution mondiale pourrait être élevée en terme de morbidité. Cette bénignité, ne peut d’ailleurs être garantie dès lors que l’émergence virale est récente. De l’aveu même de l’OMS, «la seule chose objectivement prédictible au sujet des virus influenza demeure leur comportement complètement imprévisible».

Tout cela étant établi, et alors que l’OMS reconnaît que la capacité de production mondiale est «encore insuffisante pour produire assez de traitements antiviraux, et de vaccins, pour protéger la population mondiale à temps», il s’agirait bien que cette dernière pousse à la production immédiate de génériques du Tamiflu. Mais, deux semaines après avoir déclenché le signal d’une «urgence de santé publique de rayonnement mondial», et au moment même où la grippe saisonnière émerge dans l’hémisphère sud, l’OMS continue de se reposer sur le laboratoire Roche.

«Un rôle crucial de l’OMS est d’augmenter la production mondiale de génériques d’antiviraux, et de s’assurer que toutes les nations y aient accès», déclare le Dr Tido von Schoen-Angerer, directeur de l’association Doctors Without Border’s Access to Essential Medicines Campaign. «La raison pour laquelle ce n’est pas une priorité pour l’OMS n’est pas claire».

L’attente fait émerger le spectre de pays qui pouvant s’offrir le Tamiflu, le gardent pour eux, laissant les pays tiers à la merci du virus.

L’épidemiologiste de l’Université de Columbia, Ian Limpkin, avertit à cet égard que la grippe mexicaine pourrait ravager l’Amérique du Sud avant même qu’un vaccin voit le jour. «Nous réfléchissons» dit-il «au moyen d’inciter au partage avec les populations du sud, et pourtant, déjà, ces gens parlent de garder les traitements pour eux. C’est moralement indécent.»

Alors, les génériques, une solution pour le Sud ?

Source : Wired Science