Un  documentaire TV sème le malaise chez nos confrères britanniques.

Le documentaire « Pets Undercover » (ndt : Nos amis les bêtes en mission secrète), diffusé le 16 mars dernier, en prime time sur la chaîne ITV1, a suscité l’émoi chez les spectateurs, et le malaise dans la profession, jusqu’à nécessiter un communiqué de presse du RCVS (l’Ordre britannique). La cause défendue par le reportage est noble (dénoncer les abus et arnaques), la forme est par contre contestable. Retour sur les faits, et Arrêt Sur Image (RIP !) :

Dans ce documentaire explosif, les journalistes utilisent trois cobayes : un chien, un chat et un lapin en parfaite santé, et les emmènent chez différents vétérinaires pour un motif de consultation inventé de toute pièce : « il n’a pas mangé aujourd’hui ». Les journalistes, font alors le bilan de chaque visite : soins/examens proposés, médicaments prescrits, et bien évidemment, le plus intéressant pour leur argumentaire : le coût total. Car oui, cette émission a un leitmotiv : prouver que les vétérinaires exploitent le lien affectif animal-propriétaire, pour extorquer un maximum de billets verts.

Arnaque Royale

Pour enfoncer le clou de ce procédé fallacieux, où l’on dupe le vétérinaire en lui faisant croire que l’animal présente un symptôme qu’il ne peut vérifier, le journaliste emmène ensuite son espion poilu chez le gentil docteur Marc Abraham (dont on ne manque pas de préciser qu’il a sa clinique à Brighton). Lui, est au courant de la supercherie, et se permet alors de faire ses commentaires sur les examens et traitements proposés, et prouver qu’ils étaient inutiles. CQFD. Le vétérinaire attentif, verra que ce docteur ne fait pas mieux, en faisant un examen plus qu’approximatif de la dentition du lapin, ou en discutant du bienfondé d’un traitement en proposant un examen complémentaire coûteux et peu judicieux. Mais bon, madame Michu, n’y aura vu que du feu. Enfin si, elle aura vu docteur Mamour de Brighton, qui est trop bien et qu’elle recommandera à toutes ses copines, et bien retenu que les autres sont des arnaqueurs.

Vient ensuite toute un chapitre sur le business du médicament vétérinaire. En quête de sensationnalisme, on exploite cette pauvre femme propriétaire d’un rottweiler paraparétique, qui s’est endettée de 15 000£ pour le soigner, entre l’IRM, la chirurgie d’urgence, l’hospitalisation, la rééducation fonctionnelle, et les médicaments. Au grand jamais on ne se demandera le prix de soins comparables pour un humain, puisque la sécu paie. De toute façon, c’est évident : les vétérinaires l’ont extorqué de 15 000£. Mais le coup de grâce n’est pas encore asséné : on dit a cette femme, que pour les cinq ans à venir, on va continuer de vider son porte monnaie, grâce aux prescriptions médicamenteuses. Et c’est là que tout le spectacle se passe. Imaginez la scène de cette femme surendettée, à qui l’on dit « Que dites-vous, si je vous propose d’économiser 200£ ? Et 300£ ? Et 500£ ?…et 1300£ ? » à chaque fois en lui sortant les liasses de billets correspondantes sous le nez. Et bien oui, « ces économies, vous pouvez les faire en achetant vos médicaments par Internet ». Le secret révélé, la femme s’avoue « choquée ».  Bien évidemment, on passera sur le fait que cette femme s’est endettée de son plein gré, que par internet il n’y aura pas de suivi médical et que le pauvre rottie mourra certainement d’une IR qu’on n’aura pas vu venir, que l’origine et la qualité des médicaments n’est pas forcément garantie, et qu’un rottweiler de son âge n’aura certainement pas encore 5 ans à vivre. Mais après tout, on ne nous demande pas de réfléchir. J’ai bien noté, on m’arnaque de 1 300£.

On passera sur le fait que la profession est présentée comme responsable du nombre grandissant d’abandon : si les soins sont chers>les gens ne peuvent payer>donc les animaux sont abandonnés>donc les vétérinaires sont responsables des abandons. C’est d’une logique imparable.

On n’abordera pas non plus le fait que le vétérinaire s’engraisse aussi en gonflant les factures des animaux assurés. Et Dr Marc Abraham de commenter : « En faisant ça, les assurances vont augmenter leurs prix, et les soins vétérinaires vont devenir encore moins accessibles ». La boucle est bouclée.

Enfin, pour terminer ce triste triptyque, le documentaire s’étendra sur le véreux Dr untel, qu’on citera 5 fois, avec à chaque fois sa photo, ainsi que la photo de sa clinique et le numéro de téléphone, qui a été condamné et suspendu  pour mauvaise pratique et escroquerie manifestes, photos à l’appui de chatons (trop mimis) victimes de ce Dr la mort, et témoignages des anciennes ASV et des propriétaires floués. On insistera sur le fait que ce Dr X travaille de nouveau dans cette clinique (Oh my dog !). Propriétaires, vous êtes prévenus !

En fin d’émission, Dr Marc Abraham, superstar des plateaux TV, et exerçant à Brighton (oui, il faut le préciser, c’est visiblement important), clôturera par un « c’est malheureux, mais c’est une minorité qui entache notre profession. La plupart des vétérinaires sont comme moi et font passer le bien des patients en priorité ». Ouf la morale est sauve, mais le message est-il vraiment passé comme ça au près du public? Pas si certain…

Ah, j’oubliais… à la fin, petite dédicace au Rott, qui finalement est mort peu après le reportage. Quel dommage, les 1 300£ d’économies promises pour aller danser la samba à Honolulu ne se matérialiseront jamais. Pas grave, y’a Cétélem…

Documentaire en 3 parties :

1° Partie :

2° Partie :

3° Partie :