Vaste sujet polémique et brûlant d’actualité :
Constatons d’abord que l’activité canine ne se porte pas follement bien.
La réalité quotidienne c’est: jongler entre les problèmes de personnel, les nouvelles lois ou réglementations en tous genres (souvent kafkaïennes…), le comptable et les comptes bancaires, la gestion du stock, les négos avec les labos et accessoirement de soigner nos patients avec dévouement et empathie en espérant qu’ils ne changeront pas de crémerie à la première contrariété. Notre privilège énorme qui était la possibilité de cumuler l’activité de médecin et de chirurgien s’étiole aussi car le nombre de cas chirurgicaux par structure est en chute libre et l’exigence de nos clients ne nous permet plus de nous lancer à la hussarde en toute sérénité !
Alors, on mêle l’utile à l’agréable, le soir, en se cultivant sur medline avec une bière et un bon feu à coté. Ah, mais on oubliait : il y a aussi le contrôle continu des connaissances ! il faut donc désormais prendre sa voiture le soir et se taper les bouchons pour valider ¼ de point de crédit de formation ; formation payante le plus souvent et bien plus cher qu’à l’étranger (Etats-Unis en particulier) !!! Et tout ça pour afficher en fin de course un BNC moyen de 54000 euros! Et n’imaginez pas revendre votre clientèle, le revente des murs est devenue bien plus intéressante !
Heureusement on pense pour vous, l’ordre et le syndicat veillent et proposent des solutions, des perspectives! Des solutions qui malheureusement arrivent 10 ou 15 ans trop tard car ce constat (à peine caricatural) que je viens de dresser, tous les vétos qui ont comme moi la quarantaine l’ont vu venir depuis belle lurette :
Il est enfin question de revenir sur l’unicité du lieu d’exercice, de permettre à un plus grand nombre de vétérinaires de s’associer et de laisser plus de capitaux ‘non vétérinaires’ investir dans nos structures.
Cela revient à assouplir nos règles de fonctionnement en nous permettant de sortir de l’isolement inhérent à nos structures et du carcan étroit (et inadapté à la société actuelle) de la ‘profession libérale’, c’est à dire une microstructure qui n’a pas les moyens le plus souvent de coller aux demandes de ses clients.
Cela revient aussi il est vrai à permettre ou encourager l’installation de ‘groupes’ ou ‘chaînes’ de structures vétérinaires.
L’ordre accepte enfin, via une charte récemment signée avec trois sociétés d’assurance, de relancer l’assurance pour animaux de compagnie (qui présente en France un taux de pénétration ridicule de 2 ou 3% -à comparer aux 30% de certains pays anglo-saxons- et donc rembourse mal les quelques malheureux assurés) après avoir tout fait pour les casser en prétendant que les assureurs voulaient contrôler les prix (ce qui n’a jamais été leur but ni leur intérêt !). Il est en effet évident que si les animaux étaient davantage assurés en France, cela contribuerait à redynamiser l’activité.
On nous parle de passer en ‘profession de service’. J’avoue ne pas maîtriser parfaitement les conséquences de cette nouvelle invention. Il est probable que cela signifie entre autre l’absence de frein majeur à la publicité !
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Que va-t-on devenir ? Faut-il réellement craindre pour notre avenir ?
Les modifications structurelles évoquées dans le chapitre précédent sont inéluctables et logiques au vu de l’évolution de notre profession depuis 40 ans qui a privilégié un modèle commercial via le passage à la TVA et le développement de la vente de pet food et de médicaments, au détriment de la valorisation de l’acte intellectuel (Il y a 20 ans sur 100 francs encaissés il y avait facilement 75% d’honoraires, actuellement la part des honoraires doit être tombée à près de 25%, au profit des labos et du petfood). C’est d’autant plus inéluctable aujourd’hui qu’un investisseur malin a plus intérêt à développer des cliniques qui présentent une rentabilité, même très faible, 10% par exemple, que d’investir en bourse ou le bénéfice est plus aléatoire… Nos jeunes confrères veulent par ailleurs travailler dans des conditions optimales tant au niveau de l’équipement que des horaires.
Dans cette optique le fait de vouloir considérer notre profession comme une profession de service va exactement dans le même sens. Idem pour le développement des assurances pour animaux de compagnie, plus les propriétaires sont assurés moins le risque est grand pour les propriétaires de cliniques vétos.
Une solution : les modèles de ‘chaînes’ qui existent déjà à l’étranger.
Le modèle ‘low cost’ consiste en gros à créer plein de petites structures standardisées qui se limitent exclusivement aux vaccins, acte de convenance, vente de nourriture et antiparasitaire, en employant de jeunes vétos qui se font la main au niveau chirurgical et qui acceptent moyennant le confort du salariat une faible rémunération. Charge aux investisseurs de réaliser les économies d’échelles nécessaire à la rentabilité de leur investissement.
Le modèle ‘metropolitan clinic’ consiste à réunir des cliniques existantes qui externalisent dans une structure référée possédée en commun les urgences, le labo, les examens complémentaires (scanner, irm, radiothérapie, endoscopie, radio numérique…) et les consultations spécialisées.
Dans le modèle low cost il faut des investisseurs, les vétos installés n’ont pas intérêt à voir débarquer de telles structures à moins de les créer eux mêmes en maîtrisant leur champ d’activité. Dans le modèle ‘metropolitan clinic’ idem mais il faut des clientèles suffisamment importantes pour rentabiliser la structure référée et là les vétos sont en position de force quitte à créer eux-mêmes le système en partenariat avec des investisseurs.
La balance entre les deux modèles dépendra de notre capacité à nous réunir pour privilégier le second modèle et rendre le premier inopérant ou en tout cas complémentaire, de comprendre une chose simple que les Anglo-Saxons ont compris depuis toujours : ‘l’union fait la force’. Il faudra alors profiter de cette opportunité pour nous recentrer sur la valorisation de nos actes intellectuels (consultation, chirurgie, conseil, médecine, hospitalisation, imagerie…) qui devraient représenter la plus grosse part de nos revenus et qui nous valorisent.
Si vous appartenez à un réseau de copains travaillant ensemble, chacun peut profiter de la ‘metropolitan clinic’ pour se former et pour développer 1 ou 2 jours par semaine sa spécialité, qui les NAC, qui la cancéro, qui la chirurgie, qui l’échographie… Terminé la galère des urgences, terminé l’insatiable recherche de remplaçant pour les vacances : des assistants tournent dans les structures pour vous libérer du temps, vive les économies d’échelle au niveau secrétariat, pharmacie, petfood…
Pour avoir depuis 15 ans la double casquette de praticien généraliste à Etampes et de praticien référé en scanner à Boulogne, je suis intimement convaincu, depuis toujours, que ce modèle de ‘metropolitan clinic’ est une des solutions (voire la principale) actuelles aux mauvais choix de notre profession depuis 30 ans (passage à la TVA, lutte de l’ordre contre les assureurs, peur de la culture entrepreneuriale…).
Le problème est qu’il est aujourd’hui légalement impossible à mettre en œuvre car il faut une plaque par lieu d’exercice et des vétos en commun ne peuvent posséder une structure référée où ils paieraient des vétos spécialisés et des salariés pour les urgences. L’autre souci est l’individualisme de notre profession qui remonte peut-être à notre mode de sélection qui est la prépa, où le copain est avant tout un concurrent, et non une structure universitaire, plus souple, plus ouverte sur l’extérieur. Individualisme né sans doute aussi du fait que beaucoup, une fois diplomés, s’installent pour jouer cavalier seul dans leur clinique. Hormis les quelques congrès et soirées, le vétérinaire est un ‘Lucky Luke’ (« poor lonesome veterinarian ») !
Je me trompe peut-être, mais force est de constater que nous ne manquons pas de travail ! Nous avons essentiellement un problème d’inertie et trop souvent de rentabilité. Il faut privilégier des associations dynamiques ou chacun garde une grande part de liberté, il faut pouvoir intégrer dans nos structures les jeunes vétos qui font l’effort intellectuel de se spécialiser mais qui ont parfois du mal à rentabiliser cet investissement. Cette intégration des jeunes est fondamentale pour nous, ils dynamiseront naturellement la profession. Evitons de reproduire cette erreur si Française (cf l’âge moyen à l’assemblée nationale…).
Le marché est là, il faut nous adapter. Nous avons la chance d’avoir un métier extraordinaire, où il est encore possible de varier les plaisirs. Beaucoup de médecins nous envient cette liberté. La plupart des vétos que je connais, en plus d’être compétents, adorent leur métier, ils sont très polyvalents et dynamiques malgré les difficultés quotidiennes évoquées plus haut.
Il faut absolument se réunir vite pour se donner les moyens de bosser dans de bonnes conditions et pérenniser nos structures existantes.
Pour ma part, je reste particulièrement confiant en notre avenir, le meilleur est à venir ! Ma seule crainte à l’heure actuelle est qu’il faille encore attendre des années avant de pouvoir officiellement bouger sans se faire taper sur les doigts.
Salut à tous
Olivier Keravel












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