La pratique vétérinaire équine en France est l’objet de toutes les attentions, autant par la croissance de son marché que par l’engouement suscité auprès des étudiants, du fait aussi bien de l’évolution des milieux sociaux de recrutement dans les écoles que de la féminisation.
Il n’en a pas toujours été ainsi. Un peu d’histoire. Si tous les vétérinaires ruraux avaient une population de chevaux importantes à soigner jusque dans l’immédiate après guerre, la spécialisation d’un petit nombre d’entre eux vers cette unique clientèle a été l’évolution jusque dans les années 80, avec, “au dessus du panier”, quelques dizaines de confrères s’occupant de chevaux de course et de concours.
On ne me pardonnera pas cet aphorisme, mais l’arrivée de la science dans ce milieu à la tendance occulte nous a amené au panorama actuel. Les progrès concommittents de l’imagerie et du contrôle antidopage (le taux zéro en phénylbutazone pour concourir ne date que des jeux mondiaux de Stockholm en 1990… comme le début de l’ère Denoix) ont accéléré les progrès de la médecine et de la chirurgie équine.
Désormais, le maillage national de cliniques équines est important. Il s’accompagne d’un investissement en matériel lourd avec une augmentation du personnel vétérinaire présent dans ces structures. Dans le même temps, nombre de structures mixtes développent leur offre sur ce marché : centre d’insémination, salles d’examen, de chirurgie. Elles y développent une synergie entre les services proposés : canine et/ou rurale + équine. Plus récemment, se développe une activité exclusivement ambulatoire avec matériel d’imagerie embarqué.

Que sera l’avenir : certainement le développement de tout celà pour un marché à croissance probable.
Pourquoi une croissance probable : trois raisons.
1 La place du cheval, compagnon indispensable pour survivre dans une société déshumanisée va croissante. Cette population de clients représente un part importante de la “canine” de demain (études Mérial sur la place du cheval de loisir), avec des budgets souvent d’apparence limités, mais des dépenses réelles et constantes (vermifuges, vaccins, soins courants sur plusieurs années voire dizaines d’annèes).
2 La filière sportive française correspond à une véritable culture beaucoup plus qu’à un simple marché. Aussi, quelque soit l’avenir des ressources du PMU (seul bailleur de fond actuel de la filière), le sport et les courses survivront sous nos climats, avec l’élevage associé à ces activités et les progrès constants qu’imposent la performance. (Le réchauffement climatique est peut-être plus craindre pour ces filières que la privatisation des jeux : on n’élève pas les mêmes chevaux en Irlande et au Maroc, simplement parceque l’herbe est moins rare sous la pluie !)
3 La filière équine est désormais reconnue comme un secteur économique à part entière et fait l’objet de toutes les attentions. Il en résultera sans doute une économie plus structurée et lisible, donc une économie qui attirera les investisseurs, comme celà est déjà amorcé (transition d’éleveurs paysans vers des éleveurs businessmen).

cheval
Tirer une prospective générale n’aurait pas de sens. Pas plus aujourd’hui que demain on ne soignera de la même manière un pur-sang, un trotteur ou un cheval de sport de haut niveau et un retraité, cheval “de sa vie” d’une adulescente. Mais il faudra bien rentabiliser ces gros centres, dévoreurs d’investissements en matériel et en immobiliers, comme en compétences pointues. Il faudra leur apporter les “clients”.
Les verrons-nous alors grossir en matériel et en spécialistes stricts (”chirurgien du grasset exclusif”) et donc le réseau de fourniture de patients qui va avec ?
Pourquoi pas une véritable  chaine de praticiens ambulants, efficaces et peu coûteux appartenant à ces structures ?
Pourquoi pas des chaines de cliniques mixtes offrant toute l’offre vétérinaire et pouvant s’attacher les services de spécialistes pointus dans tous les domaines (offre d’une grande distribution vétérinaire tous azimuts, de la piquette au grand Bordeau, de la poule pondeuse au pur sang de plat) ?
Mais ce milieu de passionné fera-t’il un trait sur ses croyances et l’attrait du sorcier mystérieux … sans compter le réèl charisme de quelques praticiens et leur goût pour la solitude, seul manteau à la mesure de leur personnalité ?

Plus pratiquement, n’oublions pas que l’avenir sera dessiné par les évolutions tant économiques que réglementaires (loi européenne sur les services, amm européennes …) : c’est de la modification des contraintes de la médecine vétérinaire, activité régulée et non pas libre, que naîtra le visage de la pratique équine de demain.